Le journal du SIEL Rencontre avec Annie Ernaux : de la mémoire du père à la genèse de l’œuvre

Prix Nobel de littérature 2022, Annie Ernaux est l’une des voix marquantes du SIEL 2026. Elle a livré une parole rare sur son rapport à l’écriture : une plongée lucide dans la mémoire, les fractures sociales et l’intime, portée par une exigence de vérité.
Dans une salle comble, les mots d’Annie Ernaux tombent avec précision. L’autrice décrit l’écriture comme un saut dans le vide, « comme un parachute », un moment de bascule où tout se joue : choisir entre roman et récit personnel, décider d’une voix, d’une forme, d’une vérité à assumer.
Modérée par Abderrahman Tenkoul, la rencontre a rapidement posé les fondements d’un parcours qui, depuis les années soixante-dix, reconfigure les rapports entre individu, société et mémoire. Chez Ernaux, écrire ne consiste pas à raconter une vie, mais à reconstruire un lien brisé entre l’être et le monde.
Ce geste littéraire se révèle dès Les Armoires vides, son premier roman, où le personnage, une jeune femme de vingt ans, ne porte pas son nom. Un choix intime, « il fallait décider : roman ou quelque chose de plus personnel ».
La tonalité s’impose d’emblée ; violente et frontale. Ernaux revendique une écriture qui relève de la « chorégraphie ». Elle prône une langue en mouvement qui épouse les secousses de la mémoire et les fractures sociales. Elle cherche aussi à en dévoiler la complexité, refusant toute posture morale ou déontologique figée.
L’adaptation de Mémoire de fille au cinéma sera présentée au Festival de Cannes, une nouvelle traduction visuelle de cette écriture du réel qui prouve que son œuvre continue de résonner au-delà des livres.