Le journal du SIEL Transmettre la langue pour préserver la mémoire

Une rencontre consacrée aux langues et à la transmission culturelle dans le contexte de l’immigration marocaine a réuni des chercheurs autour d’un même enjeu: préserver le darija, l’amazigh et les langues d’origine auprès des jeunes générations nées à l’étranger.
Ce débat qui s’inscrit dans le cadre du SIEL 2026 a interrogé les défis auxquels font face les familles marocaines de la diaspora dans la transmission de leur héritage linguistique et culturel.
Modérée par Mohamed Sghir Janjar, anthropologue, la rencontre a réuni Sarah Faqir, éditrice et fondatrice de Dar Lilei, Chafina Bendahman, fondatrice de Rose Stories ainsi que Chadia Benabdeljalil, éditrice marocaine et créatrice du projet Hello Darija.
Mohamed Sghir Janjar a d’abord rappelé que la question de la langue dépasse largement le simple cadre de la communication. Elle touche « la mémoire collective, l’identité et le sentiment d’appartenance ».
Sarah Faqir a évoqué pour sa part « une blessure » liée à l’histoire de l’immigration marocaine et à la perception négative du darija dans certains pays européens. Cette image a mené à une rupture dans la transmission de la langue aux nouvelles générations, a expliqué l’éditrice.
Venue d’Amsterdam, Chafina Bendahman a expliqué avoir grandi entre plusieurs langues avant de retrouver, grâce aux réseaux sociaux et aux outils numériques, un lien plus fort avec sa langue d’origine. Même constat du côté de Chadia Benabdeljalil, installée à Montréal, qui a souligné le manque de supports culturels adaptés à la réalité marocaine, notamment pour les enfants de la diaspora.
Les intervenantes ont défendu le darija comme une langue à part entière, porteuse d’histoire, d’émotions et de mémoire collective. « Ce n’est pas une langue secondaire », a insisté Sarah Faqir.